Conjoncture


Une guerre commerciale aura-t-elle lieu ?

L’actualité économique des dernières semaines tend à indiquer que nous sommes à l’aube d’une guerre commerciale. Les premières salves sont venues des États-Unis avec l’imposition par l’administration Trump de tarifs douaniers sur les laveuses et les panneaux solaires en janvier ainsi que sur l’acier et l’aluminium en mars, en plus de l’annonce d’éventuels tarifs sur les importations de certains produits chinois. À cela s’ajoutent les possibles représailles à ces mesures. Faut-il craindre dès lors une escalade ?


Il est clair que ces développements n’ont rien de positif. Les marchés financiers en sont bien conscients alors que la Bourse est en baisse lorsque les craintes protectionnistes s’élèvent.Il faut toutefois rappeler que les mesures annoncées jusqu’à maintenant demeurent, d’un point de vue macroéconomique, plutôt modestes. Les exceptions temporaires concernant l’acier et l’aluminium accordées au Canada, au Mexique, à l’Union européenne et à d’autres pays amoindrissent grandement l’impact de la mesure. Les tarifs visant la Chine, qui demeurent à être précisés, devraient toucher 60 milliards de dollars de produits alors que le déficit commercial des États‑Unis avec la Chine pour les biens a atteint 378 milliards de dollars en 2017. Les représailles chinoises concernant le porc, l’aluminium, le vin et autres produits américains ne devraient s’additionner qu’à auteur de 3 milliards de dollars. Évidemment, si toute cette situation avait été évitée, cela aurait été pour le mieux.

Quel serait le coût d’une réelle escalade généralisée ?

Une remontée des restrictions commerciales ne pourrait que limiter la croissance économique en plus d’alimenter les risques inflationnistes. Une analyse de Bloomberg estimait qu’une hausse de 10% du coût des importations américaines suivie par une réponse équivalente de la part du reste du monde engendrerait une diminution de 0,5% du PIB mondial en 2020 par rapport à un scénario de base. Par pays, les effets négatifs seraient de 0,9% aux États-Unis, de 0,5 % en Chine, de 0,3% en Allemagne, de 1,0% au Mexique et de 1,8% au Canada.
De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) estime qu’une hausse généralisée de 10% des coûts des importations pour tous les pays diminuerait le PIB mondial de 1,75% après cinq ans et de près de 2% à plus long terme.
La Banque mondiale estime que de faire passer les tarifs moyens mondiaux de 2,7% actuellement à 10,2% réduirait le PIB mondial de 0,8% sur trois ans. Ces estimations diffèrent, mais elles vont toutes dans le même sens : il y a un coût net au protectionnisme.

Implications

Certes, il existe déjà des irritants au sein du commerce mondial. Parmi eux, on peut souligner la prépondérance de la production chinoise et les problèmes liés à la propriété intellectuelle. Il est toutefois clair que le déclenchement d’une guerre commerciale n’est pas le bon remède et n’amènera pas une économie plus forte ou plus saine, au contraire. Une diminution du commerce mondial provoquera surtout un ralentissement de l’économie et de nouvelles incertitudes pour les marchés financiers. Ni les États-Unis, ni la Chine, ni aucun autre pays n’en sortiraient gagnants. Pour l’instant, une telle guerre commerciale n’est pas prise en compte dans notre scénario de base.

Rédigé par Francis Généreux, économiste principal chez Desjardins, le 26/03/2018 | Lu 295 fois

Envoyer Envoyer    Imprimer Imprimer          Partager Partager



Mentions légales