Bourse


Un taux de 10 ans à un peu plus de 3% serait-il catastrophique pour la Bourse américaine ?

Les craintes d’une accélération de l’inflation et une hausse des taux obligataires ont récemment entraîné une correction de plus de 10 % de plusieurs importantes places boursières. Certains pensent que le passage du taux de 10 ans américain au-dessus de 3 % entraînera la fin du marché haussier du S&P 500. Ces craintes semblent exagérées alors qu’il faudrait une augmentation bien plus marquée des taux obligataires pour inciter les investisseurs à abandonner les Bourses, surtout dans un contexte où les perspectives de croissance des bénéfices sont excellentes.


Une correction boursière qui n’a surpris personne

La Bourse américaine était mûre pour une correction
La Bourse américaine était mûre pour une correction
L’année 2017 a encore une fois été excellente pour les places boursières américaines alors que l’indice S&P 500 a bondi de près de 20% et que le Dow Jones et le Nasdaq ont fait encore mieux. Loin de se calmer, la poussée des indices américains s’est accélérée au commencement de 2018. Profitant de la mise en place d’une importante réforme fiscale, le S&P 500 a bondi de plus de 7% en l’espace de quelques semaines pour établir un nouveau sommet de 2 873 points le 26 janvier. À ce moment, le marché haussier américain affichait un gain de 325% depuis son creux de mars 2009.
 
Une chute boursière de 20%, qui signifierait la fin du marché haussier, est un événement rare. Il est toutefois habituel d’observer des reculs de 5% ou plus des indices étant donné la volatilité inhérente des marchés boursiers.
Celle-ci était pratiquement disparue au cours des derniers trimestres alors que le S&P 500 n’avait connu aucun recul significatif depuis la mi-2016 (voir graphique). De plus en plus d’observateurs jugeaient que cette progression en ligne droite des marchés américains ne pouvait plus durer très longtemps, quoiqu’il soit toujours difficile de prévoir le moment exact d’un retournement de tendance.

Ce retournement a finalement eu lieu au tout début du mois de février alors qu’une accélération des salaires aux États-Unis a soudainement ramené des craintes d’inflation et fait bondir les taux obligataires. Il s’en est suivi d’une chute rapide des places boursières partout sur la planète et d’une poussée spectaculaire de la volatilité. Après être descendu à un creux historique, l’indice VIX, qui mesure la volatilité implicite du S&P 500, a littéralement explosé pour atteindre un niveau rarement vu depuis la crise financière de 2008. Il est toutefois rapidement apparu que cette poussée du VIX avait été amplifiée par des facteurs techniques, dont l’effondrement de certains produits utilisés pour miser sur une diminution de la volatilité.

La remontée des taux obligataires annonce-t-elle la fin de la poussée de la Bourse américaine ?

Après une semaine très difficile qui a fait chuter les principaux indices boursiers de plus de 10%, soit en territoire de correction, les marchés se sont calmés. Le VIX est redescendu aux environs de 20 et la plupart des indices, dont le S&P 500, ont effacé une partie significative de leur perte. Malgré cela, on sent que plusieurs investisseurs demeurent préoccupés par les effets négatifs qu’une augmentation des taux obligataires pourrait avoir sur les places boursières. Avant même la récente correction, certains observateurs avançaient que le passage du taux obligataire américain de 10 ans au-dessus de 3 % pourrait signaler la fin du marché haussier. Ce niveau de 3% est maintenant pratiquement atteint et une certaine tendance haussière des taux obligataires est à prévoir au cours des prochains mois. Dans ce contexte, les investisseurs doivent-ils se préparer à l’amorce imminente d’un marché baissier aux États-Unis ?
 
On ne peut nier qu’une hausse des taux d’intérêt peut nuire à l’attrait du marché boursier tant d’un point de vue relatif que fondamental. Ce serait cependant une erreur de penser que le passage du taux des obligations américaines de 10 ans au-dessus de 3 % condamne la Bourse à une longue période de recul.
À notre avis, il faudrait une normalisation beaucoup plus marquée des taux pour vraiment inciter les investisseurs à tourner le dos à la Bourse américaine. Ceci est particulièrement vrai dans un contexte où les bénéfices connaissent une période de forte croissance qui devrait se poursuivre pour encore un certain temps. Dans ce contexte, toute chute des places boursières ramènerait rapidement les mesures d’évaluation du S&P 500 vers des niveaux attrayants.

La fin du marché haussier américain risque plutôt de survenir lorsque les perspectives de profits des entreprises commenceront à se détériorer. Une hausse marquée des pressions inflationnistes et des taux d’intérêt pourraient contribuer à une telle détérioration en augmentant les coûts des entreprises ou en freinant l’activité économique, mais pour le moment les perspectives restent très favorables. L’amorce d’une récession aux États-Unis serait particulièrement difficile pour les places boursières et les investisseurs devront rester à l’affût de signes d’une éventuelle détérioration de la conjoncture. D’ici là, la Bourse américaine pourrait encore poursuivre sur sa lancée pendant un certain temps.

Rédigé par Mathieu d’Anjou, CFA, économiste principal chez Desjardins, le 01/03/2018 | Lu 409 fois

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