Conjoncture

Trump contre Biden : le programme économique des deux candidats



L’économie américaine a connu une bonne performance relative lors des premières années du mandat du président Donald Trump. La COVID‑19 a évidemment changé la situation dramatiquement. En septembre 2020, il y avait 10 743 000 emplois de moins qu’en février. Le PIB réel se situait au deuxième trimestre 10,1 % plus bas qu’à la fin de 2019 et malgré le rebond anticipé au troisième trimestre et les bonnes croissances prévues pour les trimestres suivants, nos scénarios ne tablent pas sur une reprise complète du manque à gagner avant 2022. Il est donc normal que les électeurs américains s’inquiètent de la situation de l’économie. À court terme, les deux candidats semblent appuyer un nouveau programme d’aide à l’économie afin de faire suite au plan déjà mis en place au printemps. Cette aide allège les problèmes de court terme, mais qu’en est-il des propositions des candidats qui pourraient appuyer la croissance à plus long terme ?


Joe Biden et Donald Trump, un duel économique basé sur des programmes ambitieux et coûteux.
Joe Biden et Donald Trump, un duel économique basé sur des programmes ambitieux et coûteux.
Dans son agenda de second mandat, Donald Trump formule certains objectifs liés à une bonne croissance économique, mais très peu de moyens concrets pour y arriver. Publié en août, ce document table sur la création de 10 000 000 d’emplois en dix mois et sur l’établissement de 1 000 000 de nouvelles petites entreprises. On y mentionne de nouvelles baisses d’impôts aux ménages et aux entreprises et, pour ces dernières, des crédits d’impôts intitulés Made in America, qui ne sont pas précisés, mais qui pourraient avoir comme objectif de faciliter le rapatriement vers les États-Unis de la production présentement effectuée ailleurs, notamment en Chine. On trouve justement dans le même document les promesses de « ramener 1 000 000 d’emplois manufacturiers en provenance de Chine » et de ne pas donner de contrats fédéraux aux entreprises qui sous-traitent en Chine.
Une promesse non remplie de l’élection précédente refait son chemin dans le programme de Donald Trump en 2020 : construire le plus grand système d’infrastructures au monde.
En 2016, on aurait pu croire que l’établissement d’un programme d’infrastructures aurait pu être un rare terrain d’entente entre les démocrates et les républicains. Toutefois, l’opposition des démocrates au financement du fameux mur entre le Mexique et les États‑Unis, le louvoiement des républicains du Congrès sur le dossier des infrastructures et de multiples versions souvent floues des programmes d’infrastructures de la Maison‑Blanche ont fait qu’il n’y a jamais eu d’avancée à ce sujet. Par le passé, des sommes de 2 000 milliards de dollars ont été invoquées, mais jamais vraiment proposées officiellement. Dans ses propositions budgétaires, la Maison‑Blanche tentait de mettre en place des investissements de 300 milliards de dollars en infrastructures.

La stratégie économique de Joe Biden repose sur un programme qui n’est pas lié à la croissance économique en soi, mais plutôt à des solutions à d’autres enjeux, qui appuieront toutefois aussi l’activité économique. En ce sens, Joe Biden veut gonfler de 2 000 milliards de dollars les investissements dans les énergies propres afin de « créer les emplois dont nous avons besoin pour construire dès maintenant une infrastructure moderne et durable et offrir un avenir énergétique propre et équitable ». Ces investissements se feraient en infrastructures, mais aussi dans le secteur automobile afin d’y créer 1 million d’emplois dans les transports publics, dans le secteur énergétique, dans l’amélioration des bâtiments non résidentiels, dans l’immobilier résidentiel, dans des programmes d’innovation et dans l’agriculture et la conservation des ressources naturelles.
Une partie des projets cités plus haut est aussi appliquée dans le plan Made in All of America de Joe Biden. À l’instar de ce que promet Donald Trump, Joe Biden promet lui aussi de « créer des millions de nouveaux emplois dans la fabrication et l’innovation partout aux États‑Unis ». On y mentionne plus spécifiquement des investissements fédéraux de 400 milliards de dollars utilisant des produits, matériaux ou services provenant des États‑Unis. Il y a aussi 300 milliards de dollars consacrés à la recherche et développement et aux technologies de pointe. Le programme du candidat démocrate cherchera à s’assurer d’une répartition régionale en plus d’un effort pour rejoindre les petites entreprises et les communautés afro-américaine et latino-américaine. Le programme de Joe Biden propose aussi différentes mesures fiscales afin d’appuyer les entreprises. Il y a un programme d’aide au crédit pour les fabricants de petite et moyenne tailles ainsi qu’un crédit d’impôt afin de réorganiser et revitaliser la fabrication. 

Constat et perspectives

Certains éléments du programme fiscal de Joe Biden pourraient être moins bénéfiques à la croissance de l’économie. Une partie des dépenses et investissements qui sont proposés doit être financée par une augmentation des impôts, notamment ceux qui ont été réduits pendant le mandat de Donald Trump. Du même souffle, le renversement de la politique de déréglementation de l’administration Trump pourrait aussi nuire à court terme aux entreprises et possiblement à la création d’emplois.
En dehors de celles associées à la COVID‑19, les deux candidats proposent des mesures qui pourraient accélérer la croissance au cours des prochaines années.
Les effets sur l’économie dépendront grandement de la capacité à mettre en place les mesures promises, notamment en ce qui a trait aux infrastructures. De ce côté, le programme de Joe Biden est nettement plus ambitieux et pourrait appuyer davantage le potentiel de l’économie à moyen et à long terme.
Dans un second mandat, le président Donald Trump optera pour la continuité par rapport à ce qu’il a mis en place en termes d’allégement du fardeau fiscal, avec quelques bonifications. Les propositions de Joe Biden sont plus étendues et vont chercher des sommes considérables dans les coffres des entreprises et dans les poches des contribuables les plus riches. Tant que la situation économique ne sera pas pleinement rétablie, on doute de la capacité du candidat démocrate à relever les impôts de façon si importante.

Rédigé par Francis Généreux, économiste principal chez Desjardins, le 02/11/2020 modifié le 02/11/2020 - 11:47


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