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« Réussir dans l’investissement, c’est comme gagner à la loterie »



À la tête d’Oaktree Capital Management, une société d’investissement qui gère plus de 120 milliards de dollars, Howard Marks est devenu au fil des ans, grâce à ses performances boursières, une véritable légende de l'investissement. À l'occasion de la sortie de son livre en français intitulé « Maîtriser les cycles du marché », publié aux éditions Valor, il nous livre un extrait de sa pensée sur la réussite dans l'investissement en Bourse.


Howard Marks
Howard Marks
Pour moi, réussir dans l’investissement, c’est comme gagner à la loterie : tous deux sont déterminés par le tirage d’un ticket (le résultat) d’une urne remplie de tickets (l’éventail des résultats possibles). Dans chaque cas, un seul résultat est sélectionné parmi les nombreuses possibilités.
Les investisseurs qui réussissent mieux que les autres sont des gens qui conçoivent mieux quels tickets se trouvent dans l’urne et qui par conséquent perçoivent si cela vaut la peine de participer à la loterie. Autrement dit, même si les meilleurs investisseurs sont comme tous les autres et ne savent pas exactement ce que réserve l’avenir, ils ont une compréhension des tendances futures supérieure à la moyenne.
Je souhaite ici ajouter un point de réflexion. La plupart des gens pensent que la seule manière d’envisager le futur est de formuler une opinion sur ce qui va se passer, potentiellement via une distribution de probabilités. Je pense qu’il existe en réalité deux conditions requises, et non une.
En plus d’une opinion concernant ce qui va se passer, les gens devraient estimer la probabilité que leur vision se révèle exacte.
Certains événements peuvent être prédits avec un bon niveau de confiance (par exemple, une obligation de qualité supérieure rapportera-t-elle l’intérêt qu’elle promet ?). D’autres événements sont plus incertains (Amazon sera-t-elle toujours leader de la vente en ligne dans dix ans ?). Enfin, d’autres sont totalement imprévisibles (le marché boursier montera-t-il ou baissera-t-il le mois prochain ?). Selon moi, toutes les prévisions ne devraient pas être traitées comme ayant la même probabilité de se réaliser et par conséquent on ne devrait pas faire confiance à toutes de la même manière. Je ne pense pas que la plupart des gens en soient aussi conscients qu’ils le devraient.
Pour comprendre ce qu’est l’investisseur supérieur décrit ci-dessus, on pourrait le comparer à quelqu’un dont la compréhension des tendances lui permet de faire pencher la balance en sa faveur. 

Couverture de son nouveau livre
Couverture de son nouveau livre
Supposons que l’on place cent balles dans une urne, certaines noires et d’autres blanches. Quelle couleur parieriez-vous qui sortira en premier ?
Si vous ne savez rien sur le contenu de l’urne, parier ne sera qu’une question de chance, une pure spéculation. Même chose si vous savez qu’il y a 50 balles noires et 50 balles blanches dans l’urne. Il est tout aussi sage de parier sur le blanc que sur le noir, mais quel que soit votre choix, il ne vous donnera pas plus d’une chance sur deux d’avoir vu juste. Par conséquent, parier serait stupide, à moins qu’on ne vous offre des cotes qui soient au moins identiques – et que vous n’ayez pas à payer des frais (dans l’investissement, une commission ou un écart coûts vendeur-acheteur) pour pouvoir jouer. Parier sur le blanc ou sur le noir à égalité ne serait pas très rentable sauf si vous avez de la chance – or on ne peut pas compter sur la chance. Parier alors qu’on n’a pas d’avantage du point de vue des connaissances sur le contenu de l’urne ne serait pas rentable de façon fiable.
 Mais qu’en est-il si vous avez une information privilégiée sur le contenu de l’urne ? Admettons que vous savez qu’elle contient 70 boules noires et 30 boules blanches. Cela pourrait vous permettre de gagner plus souvent que de perdre. Si vous pariez 10 dollars sur le noir contre quelqu’un qui pense qu’il y a une chance sur deux, vous gagnerez 10 dollars 70 % du temps et perdrez 10 dollars seulement 30 % du temps, pour un bénéfice attendu de 40 dollars tous les dix tirages. (Remarque : ce seront là les résultats en moyenne sur un grand nombre d’essais, mais ils sont soumis à une importante variation sur le court terme du fait du hasard.)
 Naturellement, votre partenaire de pari défendra l’égalité des chances d’un pari sur le noir (a) s’il ne sait pas que les boules sont à 70 % noires et à 30 % blanches et (b) s’il ne sait pas que vous le savez. S’il en savait autant que vous sur le contenu de l’urne, il ne vous proposerait qu’une cote de 30 contre 70 pour un pari sur les noires et le pari redeviendrait infructueux.
 Autrement dit, afin de gagner à ce jeu plus souvent qu’on ne perd, il faut se doter de l’avantage du savoir. C’est cela que possède l’investisseur supérieur : il en sait plus que les autres sur les tendances futures.
 Toutefois, il ne faut pas oublier ce que j’ai écrit plus haut : même si vous connaissez les probabilités – c’est-à-dire même si vous possédez effectivement des connaissances supérieures concernant les tendances –, vous ne savez quand même pas ce qui va se passer. Même si le ratio de boules dans l’urne est de 70 noires pour 30 blanches, vous ne savez quand même pas de quelle couleur sera la prochaine boule tirée. Certes, il y a plus de probabilité qu’elle soit noire que blanche, mais elle sera quand même blanche 30 % du temps. Etant donné que dans l’urne se trouvent des boules noires comme des boules blanches, et que surtout des forces aléatoires et exogènes sont à l’oeuvre au moment où la boule suivante est tirée, il ne peut y avoir de certitude quant au résultat.
 Cela étant dit, il n’est pas utile qu’il y ait une certitude pour que le jeu vaille la peine d’être joué. Avoir l’avantage du savoir concernant les tendances suffit pour réussir sur le long terme.
 
Cela nous amène à l’avantage qu’il y a à comprendre les cycles. L’investisseur moyen ne connaît pas grand-chose sur le sujet. L’investisseur supérieur, lui, est attentif aux cycles. Il remarque si les schémas passés semblent se répéter, parvient à percevoir où nous nous trouvons dans les différents cycles, et sait que tout cela aura des implications sur sa façon d’agir. Cela lui permet d’évaluer utilement les cycles et là où nous nous situons dans ces cycles.

Rédigé par Publié par Pascal Delams, extrait du livre « Maîtriser les cycles du marché » aux editions Valor, le 07/07/2020 modifié le 07/07/2020 - 11:23


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