Conjoncture


Récession mondiale à l’horizon ?

L’économie mondiale éprouve des difficultés depuis le début de 2018. On le perçoit surtout par l’anémie du commerce mondial et par les problèmes du secteur manufacturier. Mais est-ce que ces faiblesses annoncent des difficultés plus sérieuses et plus généralisées? En d’autres mots, y a-t-il possibilité d’une nouvelle récession mondiale ? En consultant une grille d’analyse d’indicateurs économiques pour la plupart des pays du G20, on remarque que peu d’économies affichent des signes de contraction. Parmi les pays avancés, il faut tout de même surveiller l’Allemagne et le Japon, ainsi que le Royaume-Uni en cas de Brexit dur. Parmi les économies émergentes, le portrait général est plutôt sombre du côté de la fabrication, mais les consommateurs montrent une certaine résilience. Somme toute, la situation globale est plus fragile qu’elle ne l’était il y a quelques années, mais une récession mondiale ne semble pas être en train de se matérialiser.


L’économie mondiale ralentit La croissance du PIB réel mondial a atteint 3,8 % en 2017, le meilleur gain depuis 2011. On a ensuite noté un léger ralentissement en 2018 (3,6 %) qui, selon notre scénario de base, devrait s’exacerber en 2019 (3,1 %) et en 2020 (3,0 %). La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) a récemment qualifié la conjoncture courante comme étant en « phase de ralentissement synchronisé » et elle a ajouté que le FMI prévoyait une décélération de la croissance dans près de 90 % de l’économie mondiale. Cela contraste avec la situation précédente. Toujours selon le FMI, « il y a deux ans, l’économie mondiale se trouvait en phase d’expansion synchronisée. Mesurée par le PIB, la croissance s’accélérait dans environ 75 % des pays ». Parmi les pays où la différence entre 2019 et 2017 est particulièrement grande, on retrouve deux des trois principales économies européennes, soit l’Allemagne et l’Italie. Dans le dernier cas, ce sont des impératifs politiques et financiers qui posent problème. Du côté de l’économie germanique, ce sont les problèmes généraux du commerce mondial et du secteur manufacturier mondial qui semblent affecter celle-ci. Il reste maintenant à voir jusqu’à quel point cette tendance négative de l’économie mondiale se poursuivra. Est-ce qu’elle atteindra le point où le ralentissement deviendra une récession ?

Les récessions mondiales

Les récessions mondiales sont rares. Elles demandent une contraction généralisée et surtout synchronisée d’un grand nombre d’économies nationales, notamment des plus importantes. Il n’y a pas de définition exacte de ce qu’est une récession mondiale. Aux États-Unis et en Europe, ce sont des organismes indépendants (Le National Bureau of Economic Research (NBER) aux États-Unis et le Center for Economic Policy Research (CPER) en zone euro) qui émettent les dates de début et de fin des cycles économiques, et ce, en utilisant plusieurs critères, comme l’évolution du PIB réel ou de ses composantes ainsi que des indicateurs comme l’emploi, la production industrielle, le revenu et les ventes.
Dans ses écrits, le FMI a quelques fois mentionné un taux de croissance du PIB réel mondial sous lequel l’économie mondiale peut être considérée comme étant en récession. Ce taux n’est pas zéro et il ne faut pas nécessairement que le PIB réel soit en contraction pour indiquer une récession. C’est parce qu’il faut tenir compte de la croissance rapide de la population dans les pays émergents ou en développement.
Une récession serait donc mieux définie par une baisse nette du PIB réel par personne, mais cet indicateur est moins souvent utilisé… d’où l’utilisation d’un taux pour le PIB réel.
Historiquement, le FMI mentionnait une croissance de 3,0 % du PIB réel mondial comme seuil qui fait la différence entre une récession et une poursuite du cycle haussier. Depuis la crise de 2009 (où le PIB réel a même subi une contraction), le seuil de 2,5 % est généralement mentionné. L’économiste en chef du FMI a d’ailleurs récemment réitéré ce seuil de 2,5 %. Ni nos scénarios, ni ceux du FMI ne suggèrent une croissance qui passerait sous ce seuil de récession.

Conclusion

Les poches de faiblesse sont nombreuses au sein de l’économie mondiale. Toutefois, elles ont principalement la même source : les tensions commerciales provoquées par la montée du protectionnisme. On voit que ce sont surtout les éléments liés à la fabrication et aux exportations qui posent problème. Une certaine dépendance mondiale à des taux d’intérêt très bas a aussi amené une certaine fragilité au cycle économique actuel. Cet effet a pris de l’importance aux États-Unis, où le relèvement des taux a eu des conséquences internes, mais aussi externes, et ce, notamment pour les pays émergents.
Tant que les consommateurs affichent une certaine résilience dans les pays avancés, ainsi que dans les pays émergents, une récession mondiale devrait être évitée.
Le plafonnement et le début de diminution des indices de confiance des ménages suggèrent cependant que cette partie n’est pas encore gagnée. De plus, étant donné le poids économique de ces pays, qui représente environ le tiers du PIB mondial, une récession mondiale a comme condition une fin de cycle aux États-Unis et en Chine, ce qui ne fait pas partie du scénario de base malgré la guerre commerciale que se livrent ceux-ci. Il ne faut pas oublier que les autorités publiques peuvent réagir aux différents signes de faiblesse. Déjà, et malgré l’absence de signes clairs de récession, plusieurs banques centrales ont adopté un comportement de gestion préventive de leur politique monétaire et ont même assoupli cette dernière. Les gouvernements peuvent aussi réagir, comme on l’a vu en Chine (toutefois sans résultat éclatant). Le gouvernement japonais semble aussi vouloir aller de l’avant avec une politique budgétaire stimulatrice. Cela dit, une trêve durable de la guerre commerciale, ainsi qu’un apaisement des incertitudes qui y sont liées, serait probablement le meilleur moyen pour redonner de la vigueur à l’économie mondiale. Si, dans le cas contraire, les tensions s’enveniment, davantage d’indicateurs risquent de se détériorer, ce qui signalerait que l’économie mondiale s’approcherait encore plus de la fin du présent cycle économique, qui a débuté en 2009.

Rédigé par Francis Généreux et Carine Bergevin-Chammah, respectivement économiste principal et économiste chez Desjardins, le 22/11/2019 | Lu 322 fois

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