Conjoncture


Perspectives économiques mondiales 2014 : du piège des liquidités à une croissance nominale limitée

2014 sera la septième année de ce que l’on pourrait appeler une décennie VILE (Volatile Inflation, Limited Expansion), marquée par une inflation volatile et une croissance limitée. Nous nous attendons à une poursuite du redressement économique mondial ayant débuté en 2013, mais la croissance manquera cependant de synchronisation, l’Europe et les pays émergents restant nettement à la traîne derrière le Royaume‐Uni et les États‐Unis.


Une croissance soutenue dynamisée par un regain de confiance

Stuart Thomson, Économiste en chef d’IGNIS AM
Stuart Thomson, Économiste en chef d’IGNIS AM
La croissance importante que les États‐Unis et le Royaume‐Uni ont connue en 2013 a clairement démontré l’efficacité des politiques d’assouplissement quantitatif (ou quantitative easing) des banques centrales. Outre‐Manche, nous anticipons une poursuite de cette forte expansion en 2014 et une croissance annuelle pouvant dépasser les 3%. Outre‐Atlantique, l’économie devrait enregistrer un taux de croissance similaire, les problèmes budgétaires s’atténuant et les entreprises réagissant à l’amélioration de l’accès au crédit.
 
Le raffermissement de la croissance exercera une pression à la hausse sur les taux forward moyen terme, en particulier sur les taux réels 5y5y (taux à 5 ans dans 5 ans), reflets de la concurrence internationale pour le capital et présentant une corrélation élevée entre tous les marchés principaux d’obligations d’Etat.
 
La croissance de la productivité devrait s’accélérer aux États‐Unis et au Royaume‐Uni, l’investissement progressant en réponse au regain de confiance. Cela devrait toutefois intervenir avec un certain décalage et la reprise sera, en premier lieu, associée à une forte augmentation de l’emploi. Nous pensons notamment que la Réserve Fédérale (Fed) et la Banque d’Angleterre (BoE) tablent sur des taux de chômage de respectivement 6,5 % et 7,0 %, pour la mi‐2014.
 
Ces niveaux ne déclencheront pas automatiquement une remontée des taux. En effet, nous considérons qu’à l’approche de ces seuils, les banques centrales américaine et britannique chercheront à revoir à la baisse leurs objectifs à respectivement 6,0 % et 6,7 %, les marchés anticipant sans doute qu’ils seront atteints d’ici la fin de l’année. La politique de communication de la BoE et de la Fed devrait se concentrer en 2014 sur le passage d’un niveau de crise, avec des taux proches de zéro à des taux avoisinant les 2 %, synonymes d’une politique monétaire accommodante.
 
La Fed a entamé ce processus lors de sa réunion de septembre en indiquant qu’elle tablait sur un taux de 2 % pour les fonds fédéraux à la fin 2016 et que ce niveau serait cohérent avec le taux naturel de chômage. Ce chiffre représente moins de 50% du niveau équivalent avant la crise. De même, une revue historique des taux de base de la BoE révèle qu’avant 2008, le taux le plus bas jamais atteint était de 2 %. Un rapprochement progressif de ce niveau sur les deux prochaines années serait en accord avec une politique monétaire accommodante.

L’Europe et les marchés émergents: principales sources de désinflation

Alors que le Royaume‐Uni et les États‐Unis constitueront les principales sources de croissance pour l’économie mondiale en 2014, les économies européennes et émergentes devraient continuer de connaître des difficultés et être sources de désinflation.
 
Ces économies continueront à traverser une période de « récession de croissance » enregistrant une croissance positive mais inférieure au potentiel productif. Les écarts négatifs entre production potentielle et production réelle ne seront pas résorbés et exerceront des pressions baissières sur l’inflation dans ces régions. Selon nous, ces économies chercheront à exporter leur désinflation en dépréciant leur monnaie, tout comme le Japon s’est efforcé d’exporter la sienne en laissant filer le yen.

Conclusion

L’économie mondiale se redressera progressivement dans le courant de l’année, mais cette reprise ne sera pas synchronisée, l’Europe et les pays émergents restant nettement à la traîne du Royaume‐Uni et des États‐Unis. Pour compenser cette faiblesse, on peut supposer que l’Europe et les économies émergentes exporteront leur désinflation en laissant leur monnaie se déprécier. Le consensus table sur un raffermissement du dollar l’an prochain, lié à l’accélération de la croissance américaine. Celle‐ci est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour une appréciation du dollar, les excédents de la balance des paiements courants et de la balance des mouvements de capitaux de l’Europe exerçant des pressions haussières sur l’euro. Il semble que la menace déflationniste d’une poursuite de l’appréciation de la monnaie unique contraindra la Banque Centrale Européenne (BCE) à recourir à de nouvelles politiques monétaires non conventionnelles afin de l’affaiblir. Il est probable que cela se fasse par la combinaison d’une nouvelle opération de refinancement à long terme (LTRO) et d’un taux de rémunération négatif des dépôts ou à des rachats d’obligations d’État dans le cadre d’une politique d’assouplissement quantitatif (ou quantitative easing) proportionnels à la part des capitaux propres de la banque centrale.
 
L’appréciation du dollar américain, tout comme celle de la livre sterling, devrait limiter l’inflation domestique aux États‐Unis et au Royaume‐Uni – ce qui aura pour effet de freiner la croissance nominale du PIB.

Rédigé par Stuart Thomson, Économiste en chef d’IGNIS AM, le 02/02/2014 | Lu 800 fois

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