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Les prévisions du professeur Kessler




Fin février 2020. Scor publie ses résultats et, comme de coutume, le professeur Kessler, virtuose des modèles, est serein sur ses capacités prédictives : « Une grippe sévère touche 300 à 600 000 personnes par an et cela arrive de façon régulière. Avec le coronavirus, nous ne devrions même pas atteindre ce chiffre. Nos travaux de modélisation étayent ces conclusions ».[1]


Un an plus tard, le constat est clair : près de 2,5 millions de morts. Et cela continue.


Qu’en conclure sur les capacités de modélisation de Scor ? Sur la crédibilité de ses affirmations en matière d’appréciation des risques – son cœur de métier ? Ou sur la sincérité des déclarations de son PDG en période de publication des comptes ? On ne sait où est le hic, mais il y en a un.


Quousque tandem abutere, Kessler, credulita nostra ?


Les impacts du Covid-19 devaient alors être « non visibles »[2]. Pourtant, le choc pandémique bicentenal estimé par Scor, point de référence pour les exigences de capital, serait de 10 millions de morts.[3] Scor aurait donc déjà dû brûler un montant significatif. La Scor ne donne guère de détail sur le calcul de ses exigences de capital, mais le risque de mortalité représente près de 60% de son activité vie, et elle estime son exposition bicentenale au risque vie global à plus de 3Mds€...[4]


Un tel montant n’est au demeurant pas incohérent avec les dernières estimations de Swiss Re, qui indiquait subir des pertes de l’ordre d’un milliard du fait du Covid pour les risques vie. Tout cela sans compter les autres sources de pertes, notamment avec les expositions éventuelles aux annulations d’événement et autres pertes d’exploitation.


Scor devra bientôt communiquer ses résultats annuels et a désormais deux options. Primo, elle peut annoncer de lourdes pertes, en cohérence avec la mortalité constatée, et expliquer pourquoi, lors de la publication de ses derniers résultats annuels, elle affichait une telle confiance dans ses travaux de modélisation de la pandémie en cours, qui ont failli. Secundo, elle peut annoncer « même pas mal », et expliquer en quoi les estimations de coûts de son modèle interne de solvabilité en cas de pandémie ne s’appliquent pas.


Quoi qu’il en soit, l’assertivité avec laquelle elle présente ses modèles et leurs résultats semble fort inquiétante. Sous Solvabilité 2, plus de deux milliards de ses fonds propres officiels sont justement le résultat de ses modèles de projection internes que même les normes comptables IFRS ne reconnaissent pas[5]… espérons que ces prévisions, qui anticipent plusieurs décennies de résultats futurs pour transformer en « fonds propres » par la grâce d’un coût de baguette magique prudentielle, soient fiables.


 

[1] L’argus de l’assurance « Denis Kessler(SCOR) : « Nous n’avons pas besoin d’acquisition pour croître » », Aurélie Abadie, le 27/02/2020

[2] Note HSBC Insurance du 27/02/2020

[3] Ibid.

[4] SCFR Scor 2017.

[5] Voir par exemple le SFCR 2017 (https://www.scor.com/sites/default/files/2017_-_sfcr_-_scor_group_-_scor_se_-_sgpc_se_-_sgl_se_-_french.pdf),  p169 – les montants croissent ensuite.




Rédigé par Pascal Delmas / BourseTrading.info le 17/02/2021 modifié le 17/02/2021 - 09:53


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