Conjoncture

Le phénomène d’hyper-liquidité et la question du retour de l’inflation



Le principal facteur de risque qui sera débattu au cours des prochains trimestres sera surtout axé autour de la question épineuse de l’augmentation de la dette résultant de la crise et de celle de l’augmentation de la quantité de monnaie.


Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Natixis Wealth Management
Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Natixis Wealth Management
Dans ce débat, nous considérons que les conséquences de la monétisation de la dette publique, avec pour corollaire, le phénomène « d’hyper-liquidité » doivent retenir toute notre attention. Prenons l’exemple de la Banque Centrale Européenne : son bilan d’environ 4 500 milliards d’euros en début d’année a progressé de plus de 1 000 milliards d’euros en 2020.  Comme le démontrent plusieurs épisodes de l’histoire économique - dont le plus célèbre est celui de l’entre-deux guerres -, la réponse la plus logique à une telle évolution de la masse monétaire serait un retour de l’inflation. Cette perspective peut être envisagée au cours des prochaines années, avec notamment pour les entreprises, la nécessité d’intégrer dans les prix, le coût de certaines externalités pour répondre aux exigences des investissements ESG.
Néanmoins, il convient de rappeler que le phénomène de création monétaire depuis 2008 n’a toujours pas engendré d’inflation au niveau mondial, du fait notamment de la pression déflationniste liée aux importations de plusieurs zones émergentes et à la mise en concurrence généralisée par l’essor du commerce digital.
En pratique, il apparaît surtout que la monnaie est également beaucoup utilisée comme un placement et pas comme un seul moyen de paiement. Ceci constitue, selon nous, une sorte « d’épée de Damoclès » favorable aux marchés : au même titre que l’accroissement du prix de l’immobilier des métropoles, des marchés obligataires ou de l’augmentation du multiple de valorisation des marchés du private equity, il existe toujours, en suspens, la possibilité d’un accroissement du prix des actifs cotés. Pour le dire autrement : alors que les entreprises ne recouvreront leur activité et leurs résultats qu’en 2022 et que les valorisations des actions intègrent déjà ces estimations, les multiples de valorisation - qui sont restés historiquement stables - devraient augmenter du fait de cette « hyper-liquidité ». Aussi, dès lors qu’un certain degré de confiance sera réinstauré, cette abondance de liquidités entraînera nécessairement des investissements massifs sur les marchés financiers.
Le problème central ne sera donc pas celui de l’endettement, car il n’engendrera pas une augmentation classique de la fiscalité mais plutôt une forme de taxation indirecte, née de cette création monétaire.
Celle-ci continuera de se manifester durablement au travers de placements à taux d’intérêt réels négatifs pour l’épargnant par exemple, ou encore par la difficulté d’acquérir un bien immobilier, du fait de prix toujours soutenus par cette « hyper-liquidité ».

Rédigé par Jean-Jacques Friedman, directeur des investissements chez Natixis Wealth Management, le 10/12/2020 modifié le 10/12/2020 - 16:44


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