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La technologie sous-jacente aux cryptomonnaies continue de dévoiler son potentiel

Le monde des cryptomonnaies continue d’évoluer rapidement. Celui-ci dépasse largement la portée du simple bitcoin qui a régulièrement fait la Une des médias au cours des dernières années. Il y a maintenant plus de 1 600 cryptomonnaies en circulation, soit environ dix fois plus que le nombre de monnaies nationales.

Après la forte progression des cours de plusieurs cryptomonnaies l’année dernière, d’importantes corrections ont été observées. Les enjeux demeurent nombreux pour cette catégorie d’actif qui est encore difficile à cerner. Cela dit, la technologie sous-jacente reste prometteuse pour faciliter et réduire le coût de plusieurs types de transactions. Même des banques centrales étudient son potentiel. Cette technologie est celle des registres distribués. Il s’agit de registres virtuels partagés entre plusieurs ordinateurs simultanément à travers le monde, permettant notamment de valider des transactions de façon décentralisée.


Les montagnes russes se poursuivent…

La montée vertigineuse de la valeur du bitcoin et de plusieurs autres de ses semblables a beaucoup retenu l’attention en 2017. Cette tendance ne s’est toutefois pas poursuivie en 2018. Après avoir frôlé la barre des 20 000 $ en décembre dernier, la valeur d’un bitcoin a chuté et oscille maintenant autour de 7 000 $ (voir graphique ci-dessous). L’ether et le ripple, qui occupent la deuxième et la troisième position en matière d’encours, ont aussi chuté après avoir enregistré une ascension plus forte encore que celle du bitcoin. Ce n’est pas la première fois que de fortes hausses et de fortes baisses sont observées avec le bitcoin et d’autres cryptomonnaies. En moyenne, on constate une volatilité beaucoup plus grande que les autres catégories d’actif. La valeur des cryptomonnaies est très sensible à l’évolution de la demande qui peut fluctuer pour diverses raisons. Cette sensibilité est exacerbée par une offre changeant peu dans le temps, contrairement à ce qui est observé pour les monnaies nationales. L’offre d’une cryptomonnaie est prédéterminée par le programme informatique qui la régit. Par exemple, il y a actuellement 17 millions de bitcoins en circulation et il s’en ajoute seulement 12,5 toutes les dix minutes. Dans deux ans environ, ce rythme sera coupé en deux et éventuellement l’offre sera plafonnée à 21 millions de bitcoins.
Évolution de la valeur du Bitcoin depuis 2016 en chandeliers hebdomadaires. (Source : Marketwatch)
Évolution de la valeur du Bitcoin depuis 2016 en chandeliers hebdomadaires. (Source : Marketwatch)

Des gains plus difficiles ?

La rareté programmée des cryptomonnaies peut laisser miroiter d’autres gains importants à venir, à condition que la demande soit au rendez-vous. En analysant l’évolution du bitcoin depuis sa création en 2009, on constate toutefois que les gains les plus importants ont peut-être déjà été réalisés. L’année 2017 a été une année record pour la valeur du bitcoin, mais sa progression annuelle a déjà été beaucoup plus rapide. Grosso modo, la valeur du bitcoin a été multipliée par 20 l’an passé, entre son niveau le plus faible et son niveau le plus élevé. Bien que considérable, il s’agit d’un multiple 10 fois plus faible que celui observé en 2011, lorsque la valeur du bitcoin est passée d’environ 0,10 $ à plus de 20 $. L’année 2013 avait aussi été une année faste avec une progression annuelle de la valeur du bitcoin presque 5 fois plus rapide que celle observée en 2017.

Les cryptomonnaies se multiplient

La plus lente progression de la valeur du bitcoin n’est peut-être pas étrangère à la multiplication du nombre de cryptomonnaies. À l’heure actuelle, il y en aurait plus de 1 600 et ce nombre croît continuellement. Ainsi, même si l’offre de bitcoins n’augmente que très lentement, l’offre générée par les autres cryptomonnaies constitue un substitut permettant de répondre à la croissance de la demande. Il faut également considérer que l’augmentation de la valeur des cryptomonnaies signifie qu’il est de plus en plus difficile d’en acheter une grande quantité. Il faut aujourd’hui beaucoup plus d’adeptes et de gros investissements pour créer un effet de rareté qui stimulera fortement les cours. En 2011, lorsqu’un bitcoin valait 0,10 $, il fallait 1 000 $ pour acheter 10 000 bitcoins. Aujourd’hui, il faudrait environ 70 milliards pour en acheter la même quantité.

Beaucoup de bémols

Outre leur volatilité et l’incertitude quant aux rendements futurs, plusieurs autres éléments peuvent freiner l’expansion de la demande pour les cryptomonnaies. L’absence de cadre juridique et de mécanismes de protection demeure un problème de taille. Les utilisateurs de cryptomonnaies disposent de peu de recours en cas de perte, de vol ou de fraude. Entre autres choses, des piratages de plateformes d’échange ont souvent fait les manchettes au cours des derniers mois, ce qui peut avoir miné la confiance des utilisateurs. Ces plateformes servent à échanger des cryptomonnaies contre des monnaies standards ou contre d’autres cryptomonnaies. Il y a aussi eu des inquiétudes quant à de possibles manipulations de prix. La facilité d’utilisation et le côté pratique des cryptomonnaies peuvent également être remis en question. La perte d’un mot de passe peut suffire pour perdre l’accès à son portefeuille virtuel. Il faut aussi redoubler de prudence lors des transactions, car celles-ci ne pourront pas être annulées ou renversées à moins que l’autre parti concerné accepte de collaborer. Cela inclut notamment de bien vérifier le montant de chaque transaction. La difficulté entourant la conceptualisation des prix en bitcoins, en ethers ou en litecoins, pour ne nommer que ceux-là, peut conduire à des erreurs coûteuses.
Si vous payez un café en bitcoins, il faut s’assurer que la virgule est au bon endroit. Un café à 2,00 $ équivaudra à environ deux dix millièmes de bitcoin (0,0002 BTC). Encore faut-il pouvoir trouver un commerce qui accepte les paiements en cryptomonnaies.
Ils sont encore peu nombreux à le faire. Les délais et les frais de transactions peuvent aussi être un frein, notamment pour les transactions en bitcoins dont le réseau s’est approché de sa capacité maximale. Pour prioriser le traitement d’une transaction, il faut payer des frais suffisamment élevés, fluctuant selon l’achalandage. Une forte hausse des frais avait été observée en décembre dernier.

Les banques centrales vont-elles entrer dans la parade ?

Une application qui pourrait révolutionner les modes de paiement serait que les monnaies nationales, comme le dollar canadien, le dollar américain et l’euro, s’échangent sur des réseaux s’inspirant des cryptomonnaies.
Plusieurs banques centrales se penchent actuellement sur la question. Essentiellement, il s’agirait des mêmes monnaies nationales, sauf qu’elles s’échangeraient aussi de manière virtuelle, à l’aide de registres distribués. Cette nouvelle façon de détenir et d’échanger de la monnaie pourrait s’avérer un substitut à l’utilisation de l’argent comptant. La ressemblance serait particulièrement importante du point de vue de la comptabilité des banques centrales. Une unité de monnaie virtuelle ou une unité de monnaie papier seraient toutes deux inscrites au passif d’une banque centrale. Comme pour l’argent comptant, la banque centrale n’aurait pas l’obligation de verser des intérêts sur ce passif. En contrepartie, elle gagnerait des revenus à partir des titres détenus dans ses actifs. Dans un contexte où l’utilisation de l’argent comptant pourrait encore diminuer, les banques centrales pourraient avoir avantage à émettre de la monnaie sous un nouveau format afin d’éviter des pertes de revenus. Si les passifs des banques centrales diminuent, leurs actifs en feront autant, de même que leurs revenus d’intérêt. Ainsi, la diminution de l’encours de l’argent comptant est particulièrement manifeste en Suède. Dans ce contexte, la Banque de Suède (Riksbank) sera peut-être la première banque centrale à émettre sa monnaie en format virtuel. D’ailleurs, elle avait été la première à émettre du papier monnaie en Europe, en 1658. 


Rédigé par Hendrix Vachon, économiste principal chez Desjardins, le 20/07/2018 | Lu 317 fois

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