Conjoncture


La poussée d’inquiétude concernant l’Italie rappelle de mauvais souvenirs


La fin d’une impasse politique n’est pas toujours une bonne nouvelle. Jusqu’à tout récemment, l’absence de rapprochement entre les principaux partis politiques italiens à la suite de l’élection du 4 mars dernier laissait entrevoir que d’autres élections seraient nécessaires. Les investisseurs internationaux semblaient peu préoccupés par cette situation qui laissait présager un certain statu quo. Les choses ont toutefois changé subitement à la mi-mai alors qu’une possibilité d’accord est apparue entre deux partis ayant reçu environ 50% des votes aux élections, soit le Mouvement cinq étoiles et la Ligue.

L’Italie semble maintenant sur le point de se doter d’un gouvernement contrôlé par deux partis ayant des alignements très différents sur les plans social et économique, mais avec une vision populiste commune qui les place en opposition avec les partis traditionnels italiens et les institutions européennes. Le programme sur lequel se sont entendus les deux partis promet à la fois d’importantes dépenses publiques et des baisses d’impôts. Les craintes d’une forte détérioration des finances publiques italiennes et d’une confrontation avec les dirigeants de l’Union européenne ont fait bondir les taux des obligations italiennes et le coût de l’assurance contre un défaut de ces dernières au cours des derniers jours. On remarque même quelques pressions sur les taux d’autres pays périphériques de la zone ainsi que sur les titres bancaires.

La mise en place d’un gouvernement eurosceptique à la tête de la troisième économie de la zone euro et le retour de certaines tensions financières rappellent que, malgré un environnement économique plus favorable, plusieurs défis demeurent présents en Europe. Les problèmes du système bancaire italien demeurent aussi très sérieux. La situation ne se compare toutefois en rien à celle connue au début de la décennie et, pour le moment, il n’y a pas de raison de croire que la zone se dirige vers une nouvelle crise existentielle. La situation en Italie est cependant une raison de plus pour la Banque centrale européenne d’être très prudente dans ses actions, ce qui pourrait prolonger la période de faiblesse de l’euro.

Rédigé par Mathieu d’Anjou, CFA, économiste principal chez Desjardins le 23/05/2018 | Lu 292 fois

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