Conjoncture


« L'inflexion de la politique de la Fed va probablement entraîner un élargissement des spreads en Europe »

Stuart THOMSON, Co‐Manager du Fonds Ignis Absolute Return Government Bond et Chef économiste d’IGNIS AM précise pourquoi la réduction progressive du rythme des achats d’obligations par la Fed va probablement entraîner un élargissement des spreads en Europe.


Stuart THOMSON, Co‐Manager du Fonds Ignis Absolute Return Government Bond et Chef économiste d’IGNIS AM
Stuart THOMSON, Co‐Manager du Fonds Ignis Absolute Return Government Bond et Chef économiste d’IGNIS AM
La Fed envisageant de réduire ses achats d’obligations, nous estimons qu’une telle inflexion en matière de politique creusera davantage encore les spreads en Europe. Un certain nombre de facteurs domestiques sont également susceptibles d’accélérer l’élargissement des spreads au sein des pays périphériques. Les principaux risques sont : un nouveau réaménagement des programmes de renflouements de la Grèce et de Chypre ; la dégradation de la note souveraine de l’Espagne l’excluant de la catégorie Investment Grade et des élections anticipées en Italie. Nous pourrions également assister à une croissance plus faible que prévu dans les pays de la périphérie, alors que le paradoxe de l’épargne et la faiblesse du poids du commerce international en Europe pèsent sur la croissance des économies du noyau dur.
L’épisode d’élargissement des spreads contraindra les dirigeants politiques européens à se défaire de leur autosatisfaction actuelle et réamorcera le cycle « Crise, Réponse, Amélioration et Excès de confiance ». Cette phrase de Morgan Stanley, destinée initialement au Japon, correspond parfaitement à la chronique actuelle des évènements en Europe.

Les déclencheurs d’une crise de l’euro

La prochaine crise peut avoir plusieurs origines possibles. Nous pensons que cette réduction des injections de liquidités par la Fed aux États‐Unis pourrait conduire à une anticipation d’une première hausse des taux d’intérêt avant la fin de 2014. Bien que nous pensions que la Fed ne raccourcira pas ce calendrier, la hausse continue des taux d’intérêt réels à terme pourrait conduire à un élargissement supplémentaire des spreads au sein des pays de la périphérie. Nous considérons que le relèvement global des taux à terme à cinq ans doit être considéré comme une concurrence accrue en matière d’accès au capital qui amputera les rendements et les spreads au sein des pays de la périphérie. Autant dire que la prochaine mini‐crise est latente et n’attend qu’une étincelle.

Et après ?

Le desserrement des spreads en Europe s’explique largement par la politique d’assouplissement quantitatif mené par la Réserve Fédérale et l’inversion temporaire de la détente actuelle pourrait se traduire par un élargissement des spreads dans les pays de la périphérie au cours des six à neuf prochains mois.
Un élargissement de spreads pourrait avoir de multiples origines, mais le catalyseur pourrait être certainement une hausse supplémentaire des taux d’intérêt réels à terme et en particulier de taux réels à moyen terme, fortement corrélés au niveau des grands marchés internationaux sur les obligations souveraines. La réponse de la BCE à cette hausse rapide des spreads risque fort de ne pas être la solution la plus populaire, à savoir la poursuite d’un assouplissement quantitatif total. Pour la Bundesbank et pour le gouvernement allemand, cette option reste une ligne rouge à ne pas franchir tant sur le plan politique que juridique. Nous pensons qu’au contraire, la Banque Centrale optera pour une réduction légèrement moins radicale du taux de dépôt de son niveau actuel de zéro à ‐25 pb.
Une réduction du taux de dépôt viserait à faire baisser les taux à court terme tant sur les marchés obligataires centraux que sur la périphérie. Le niveau des spreads espagnols et italiens qui précipiterait cette décision pourrait être inférieur à celui des interventions précédentes, mais loin de son niveau actuel. Nous pensons que ce niveau pourrait se situer entre 400 et 500 points de base.
Un taux de dépôt négatif provoquerait un élargissement significatif mais temporaire des spreads sur la périphérie, qui affaiblirait le taux de change de l’euro et doperait les économies de la périphérie. Une fois encore nous pensons que cela ne sera que temporaire. La poursuite du soulagement des économies de la périphérie ne sera possible qu’avec une restructuration spectaculaire de leur dette et de leur déficit.

Rédigé par Pascal Delmas / BourseTrading.info le 31/07/2013 | Lu 344 fois

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