Blog de Bertrand Richard


L’Union Européenne le fait-elle exprès ?


L’Europe de l’Atlantique à l’Oural
Charles de Gaulle

Figure 1. A. Isaiev à la tribune du FN
Figure 1. A. Isaiev à la tribune du FN
Andreï Isaiev, vice-président de la Douma, le parlement russe, membre du parti de Vladimir Poutine, est venu en personne au XVème Congrès du FN à Lyon les 29 et 30 novembre 2014, soutenir ardemment Marine Le Pen qui est « pour les valeurs traditionnelles, la souveraineté, une Europe amicale. La position de Marine Le Pen vis-à-vis de la Russie est meilleure que celle de François Hollande » (1). Rappelons que la Russie vient d’accorder un prêt bancaire d’au moins neuf millions d’euros au FN.
Dans l’émission d’Yves Calvi, C dans l’Air, du mardi 2 décembre 2014, Dominique Reynié, politologue reconnu pour ses travaux sur la montée des extrêmes et des populismes en France et en Europe (2) , et ses propos toujours argumentés, subodorait, ne pouvant avancer de preuves formelles, que V. Poutine finançait systématiquement les partis d’extrême-droite européens, présents dans chaque pays membre de l’UE, y compris Aube Dorée, parti néo-nazi grec. Chaque parti d’extrême-droite européen envoie au Parlement Européen des représentants élus dont l’objectif avoué est la destruction de l’Union Européenne !
Lors de cette émission, on a pu assister in extenso au show du camarade Isaiev, venu saluer dans un français admirable, les « camarades » du FN, selon son expression, … et assurer le service après-vente !
Je n’aurai pas la cruauté de joindre à ce texte quelques images d’archives montrant en d’autres temps et en d’autres lieux certains orateurs la main droite tendue haranguant les foules !
Les plus anciens se rappelleront sans doute les heures sombres du communisme triomphant où les « camarades venaient exhorter les travailleurs exploités par le grand capital » à cesser le travail. Des millions de braves gens y ont cru et ont ainsi réduit les capacités de la France à se moderniser. La décrépitude des grands ports français (Le Havre, Bordeaux, Marseille, …) est un exemple de l’action de l’URSS en France, via le PCF et la CGT, tandis que Hambourg, Rotterdam, Anvers, Gênes, etc. se développaient et acquéraient des infrastructures que la France ne pourra plus jamais concurrencer.
Nous soulignions précédemment dans ces colonnes combien pour Vladimir Poutine le passage de l’URSS à la Russie a été douloureux. Le rôle de l’UE aurait dû être de l’aider, en comprenant que passer du statut d’officier supérieur du KGB à celui de Président d’une République de type démocratique ne pouvait pas se faire sans heurts.
Au lieu de cela, l’UE s’est entièrement soumise aux américains, en laissant notamment l’OTAN encercler de plus en plus la Russie renaissante. C’était ne tenir aucun compte du patriotisme de Poutine, de sa formation au KGB et de son pragmatisme. Poutine applique la géopolitique de tous les Tsars de Russie, ouvertures maritimes, extension vers l’Est, recherche d’alliés à l’Ouest, en utilisant les méthodes du KGB : déstabiliser l’ennemi en exploitant, au nom de populismes simplissimes, les failles de son système démocratique.
Hier Moscou s’en prenait au « capitalisme », en finançant le PCF, via la célèbre BCEN (Banque Commerciale pour l’Europe du Nord ou Eurobank) et arrivait à faire élire au parlement français jusqu’à 25% de députés qui tiraient leurs ordres et leur financement directement de Moscou et ce jusqu’à la veille de la chute du mur de Berlin en 1989 ! En 1988, Moscou finançait encore le PCF pour les élections présidentielles en France ! Rappelons-nous la propagande incroyable de l’inénarrable Georges Marchais vantant encore, avant les élections présidentielles de 1981, le « bilan globalement positif de l’URSS » (3).
Aujourd’hui, Moscou soutient l’antisémitisme, en finançant les partis européens d’extrême droite et en favorisant leur accession démocratique au sein du parlement européen.
Dans les deux cas, on appuie sur des thèmes qui clivent nos sociétés et donc les fragilisent.
Tirant pragmatiquement les conséquences de l’attitude occidentale, Poutine se tourne de plus en plus vers la Chine et, anticipant le risque de voir certains pays ne pas respecter leur parole (a l’instar des Mistral), il suspend sine die la construction d’un pipeline amenant du gaz en Europe du Sud.

Peut-on croire que personne, dans l’UE, n’a pu faire ce raisonnement ?
Que les américains ne souhaitent pas voir se créer un pôle européen, indépendant militairement, commercialement, diplomatiquement se passe de commentaire.
Que l’UE ne fasse rien est invraisemblable !
Nous éliminerons dans un premier temps l’idée de la corruption des élites de la Commission.
En revanche, que les dites élites cèdent au laxisme et se complaisent dans des fromages confortables, est évident.

Pour essayer de comprendre, introduisons un peu de théorie et prenons un exemple didactique. Toute construction humaine exige l’apport d’énergie pour passer d’un état inerte à un état structuré, du désordre à l’ordre. On dit que l’entropie du système diminue. Pour construire un château-fort, il a fallu extraire des pierres, les tailler, les assembler, etc. On est passé d’un état inerte (matériaux bruts) à un état ordonné (le château). Après quelques siècles d’abandon à lui-même, le château se dégrade naturellement, les murs se fissurent, le toit s’effondre, etc. Sans apport d’énergie, le système (le château) repasse, de l’état structuré, à l’état inerte. L’entropie du système a augmenté à nouveau.
La loi physique sous-jacente peut s’exprimer ainsi :
« L’Entropie de tout système fermé, isolé, abandonné à lui-même augmente, traduisant le passage d’un état structuré à un état inerte. Inversement, le retour à un état structuré, diminution d’entropie, exige un apport d’énergie extérieur. ».
De nombreuses observations pratiques viennent à l’appui de ce principe. Depuis l’observation quotidienne de la nécessité d’apporter en permanence de l’énergie pour réparer les inévitables petits dégâts domestiques (lampe qui cesse de fonctionner, plomberie à réparer, peintures à restaurer, etc.) jusqu’au chef d’entreprise qui sait bien que s’il n’apporte pas en permanence son énergie personnelle, sa société va progressivement s’effondrer ou les parents qui doivent sans cesse apporter leur énergie personnelle pour tirer leurs enfants.
La construction européenne telle qu’on la connait actuellement, a réellement commencé dans les années 1950, même si l’idée n’est pas nouvelle à cette époque, grâce à l’énergie de ses pères fondateurs (l'Allemand Konrad Adenauer, le Luxembourgeois Joseph Bech, le Néerlandais Johan Willem Beyen, l'Italien Alcide de Gasperi, les Français Jean Monnet et Robert Schuman et le Belge Paul-Henri Spaak) et à l’idée qu’ils avaient de créer une nouvelle union reposant sur les vieux principes d’une entente entre les peuples de même civilisation gréco-judéo-chrétienne éliminant toute arrière-pensée de domination ou de revanche, ce que nous appelions dans l’article cité, l’homonoia (4) . N’oublions pas que nous sortions à peine d’une terrible conflagration dont les plaies étaient encore saignantes. Les couples de dirigeants franco-allemands depuis de Gaulle-Adenauer jusqu’à Sarkozy-Merkel, en passant par Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl, Chirac-Schroeder, ont toujours su apporter leur volonté et leur énergie pour continuer ce type de construction européenne.
Le principe d’entropie s’applique parfaitement à cette construction. Tant que de l’énergie a été fournie au système, l’entropie du système « Europe » a diminué, l’Europe s’est structurée et organisée. Jacques Delors, alors président de la Commission (1985-1995), avait su incarner ce mécanisme.
Depuis quelques années, au contraire la France, par son attitude, non seulement ne participe plus suffisamment à l’apport d’énergie, mais en consomme plus qu’elle n’en apporte. Elle vit au-dessus de ses moyens, n’a pas le courage politique d’entreprendre les réformes qui mécontenteraient la base électorale de ses dirigeants, lorsqu’ils sont de gauche, ou, dans le cas d’alternance, le courage d’affronter la rue. Nous profitons de la solidité de la zone euro pour emprunter à des taux encore très bas, tandis qu’en même temps nous plombons par nos déficits abyssaux la croissance de tous nos partenaires. Certains de ses dirigeants s’en prennent même au ciment gréco-judéo-chrétien qui participe à la solidité de la structure et à l’amitié franco-allemande qu’il a été si difficile de rétablir !
La France est actuellement la principale source de désordre de la zone euro, donc du monde entier : elle augmente l’entropie du système fermé « Europe ».

La France peut agir ainsi à cause d’un climat délétère au sein de la Commission. A commencer par les avantages indécents que s’octroient les députés et les fonctionnaires européens ou la façon dont sont constituées les listes électorales sur lesquelles il suffit d’être bien placé pour être élu. Le pouvoir récompense ainsi ceux qui l’ont aidé. Le cas du syndicaliste de Florange, Martin, qui passe du statut de contestataire gênant censé défendre ses « camarades abandonnés » à celui de député européen, avec les avantages financiers y afférents, est un cas d’école !

L’UE ne fait pas exprès d’abandonner sa politique aux forces extérieures dont les intérêts divergent du sien (Etats-Unis et Russie) : elle n’a tout simplement pas de chef capable d’insuffler l’énergie indispensable à un système fermé abandonné à lui-même sans vision et sans volonté. L’absence actuelle de Chef ne justifie pas le rejet de cette idée européenne, ce rêve européen qui est peut-être une des plus belles réalisations humaines de ces derniers siècles.

Annexe / Références

(1). Julien Langlet, d’où est extraite la Figure 1A. Isaiev à la tribune du FN
http://www.franceinfo.fr/actu/faits-divers/article/le-vice-president-de-la-douma-russe-acclame-au-congres-du-fn-610559
(2) Dominique REYNIE, Populismes: la pente fatale, Avril 2011, Edition Solesmes
(3) Sur la BCEN, voir les nombreux documents, notamment :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Banque_Commerciale_pour_l%27Europe_du_Nord_%E2%80%93_Eurobank
http://reellerealite.perso.sfr.fr/Moch%20Jules%20-%201948.htm
(4) On trouvera dans http://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A8res_de_l%27Europe d’excellents éléments sur la construction européenne de 1952 à nos jours.

Rédigé par Bertrand Richard le 08/01/2015 | Lu 324 fois

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