Bourse

Faut-il prendre les prévisions des analystes pour argent comptant ?



Si vous vous intéressez depuis un certain temps au monde de la bourse, vous savez peut-être déjà que les analystes financiers ne sont pas forcément de bons samaritains. Ce sont bien souvent des employés de sociétés d'investissement, de courtiers ou de banques et leurs prévisions sont dictées par plusieurs critères, qui ne sont pas toujours alignés avec les intérêts de leurs clients.


Pour commencer, les analystes sont souvent hésitants à émettre une recommandation à la vente sur un titre. S'ils le font, ils craignent en effet le courroux de l'entreprise concernée. Celle-ci, en guise de « représailles », peut en effet les exclure des séances d'informations ou ne plus leur communiquer en primeur les chiffres clés sur les résultats. C'est ainsi que beaucoup des recommandations à la vente se sont petit à petit transformées en conseil de type « conserver », terme moins susceptible d'heurter la sensibilité des sociétés. Sur cette page, vous trouverez le détail des différents ratings des analystes.

Les prévisions sont-elles neutres ?

Ensuite, les analystes sont des salariés d'institutions qui assurent l'émission et la commercialisation des actions des sociétés cotées. En d'autres termes, les sociétés sont les clientes de l'employeur de l'analyste. C'est donc une situation assez gênante qui peut également nuire à la neutralité des recommandations…
Il faut également garder à l'esprit d'une recommandation à l'achat touchera potentiellement beaucoup plus d'investisseurs qu'une recommandation neutre ou de vente.
Elle engrangera donc plus de commissions pour l'employeur de l'analyste. Mais pourquoi toucherait-on plus de clients avec une mention « buy » ? Tout simplement car tous les investisseurs qui ne possèdent pas encore l'action en portefeuille se sentiront concernés. Et au contraire, avec un conseil de vente ou de conservation des titres, seulement ceux qui possèdent déjà l'action créeront de l'activité de courtage.
Tout cela nous mène à un biais « haussier » des analystes, et donc à une surévaluation de plus en plus élevée du cours des actions, car la plupart des particuliers suivent leurs recommandations.

Prévisions de croissance à long terme trop optimistes

Dans son livre « Faut-il avoir peur des bulles financières ? », Robert Shiller nous explique que les prévisions de croissance émises par les analystes sont aussi souvent trop optimistes.
Selon une étude de Steven Sharpe s'étalant de 1979 à 1999, les prévisions de croissance des bénéfices par action des sociétés du S&P 500 dépassaient de 9% leur croissance réelle sur 19 des 21 années.
C'est ainsi que les analystes ont « raté » deux importantes récessions, de 1980 à 1981, et de 1990 à 1991. Ils n'avaient pas non plus anticipé la forte baisse des bénéfices après 2001, suite au krach des valeurs technologiques et Internet.

Prévisions trimestrielles trop conservatrices

L'étude démontre aussi qu'à l'époque, les analystes étaient plus prudents dans leurs estimations des bénéfices trimestriels. Il faut souligner le fait que la plupart des firmes américaines demandaient aux analystes d'être très conservateurs sur leurs prévisions de résultats, de manière à créer une surprise positive le jour de l'annonce, et soutenir ainsi le cours de leurs titres.
Cela peut paraître incroyable à l'heure actuelle, mais beaucoup des sociétés cotées contactaient alors les analystes les plus optimistes juste avant la publication des résultats pour leur demander de réajuster leurs prévisions à la baisse.
On pourrait donc dire que les analystes ont une tendance à être plutôt conservateurs sur le très court terme (prévisions trimestrielles) et très optimistes sur les prévisions à long terme, car ils ont compris que cela sert leurs intérêts et peut difficilement compromettre leur carrière.

Prévisions des analystes et efficience

Pour toutes ces raisons, les prévisions des analystes ne doivent pas vous servir de support d'investissement. N'oubliez pas qu'une action très suivie par les analystes est en général considérée comme « efficiente ». Dans ce cas, toutes les nouvelles positives ou les prévisions de croissance sont déjà intégrées dans son cours de bourse, créant peu de catalyseurs inattendus, et donc, de rendements supérieurs.

NdlR : cet article a été réalisé en collaboration avec le blog transactionbourse.com  

Rédigé par Nathanaël, le 07/06/2021 modifié le 13/07/2021 - 17:50


Envoyer Envoyer    Imprimer Imprimer          Partager Partager

Nouveau commentaire :
Twitter

En nous soumettant vos commentaires, vous reconnaissez que BourseTrading.info a le droit de les reproduire et de les diffuser, en tout ou en partie et de quelque manière que ce soit. Veuillez noter que le site BourseTrading.info ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s'ils respectent notre charte.

Dans la même rubrique :
< >

Samedi 18 Septembre 2021 - 08:00 Les investisseurs demeurent craintifs





par Bertrand Richard le 20/09/2021

FUTURE CAC 40 : Lundi noir

par Bertrand Richard le 20/09/2021

LEHMAN à la chinoise






glossaire bourse














Mentions légales