Conjoncture


Brexit : un compromis qui sera difficile à faire approuver

Le gouvernement britannique et l’Union européenne (UE) se sont récemment mis d’accord sur une entente concernant la sortie du Royaume-Uni de l’UE. Il s’agit surtout d’un protocole concernant le déroulement du divorce qui aura lieu le 29 mars 2019. L’entente confirme qu’il y aura une période de transition au moins jusqu’à la fin de 2020. Durant cette période, le Royaume‑Uni continuera de faire partie du marché commun européen sans toutefois participer aux instances politiques de l’UE. L’entente valide également que le Royaume-Uni devra verser des sommes à l’UE, estimées aux alentours de 39 milliards d'euros.


Cette entente ne règle pas tous les litiges et incertitudes concernant le Brexit. L’entente de 599 pages ne fait qu’effleurer le sujet des liens qui uniront le Royaume-Uni et l’UE après la période de transition, bien qu’il y soit signalé qu’une éventuelle entente de libre-échange est souhaitée. La question irlandaise reste à être vraiment réglée. Un compromis de dernier recours (backstop) aborde un peu ces deux questions : si la question de la frontière irlandaise n’est pas réglée après la période de transition, le Royaume-Uni entrera pour une période indéterminée dans une union douanière avec l’UE. Ce compromis limiterait de façon importante la liberté d’action du Royaume-Uni post-Brexit. Il devra accepter une partie de la réglementation européenne et ne pourra pas conclure de nouvelle entente commerciale bilatérale avec d’autres zones ou pays.
 
L’entente avec l’UE a certes des désavantages, mais elle a la grande qualité d’empêcher une sortie complète de l’UE (Hard Brexit) dès le printemps prochain.

Une absence d’entente aurait été le pire scénario du point de vue économique, puisqu’elle implique le relèvement soudain de barrières commerciales tarifaires et non tarifaires. La plupart des analyses pointent en ce sens et le Fonds monétaire international (FMI) a récemment estimé la perte de PIB réel à 6 %. Un accord de libre-échange réduirait de moitié ce coût. De son côté, l’organisme britannique NIESR estime à 5,5 % le coût du Hard Brexit et à 3,9 % celui de la récente entente. Ces coûts se mesurent à une situation économique idéale où il n’y aurait tout simplement pas de Brexit. À son tour, la Banque d’Angleterre doit publier jeudi une analyse économique de l’entente.

Implications

Il est loin d’être assuré que l’entente entre le Royaume-Uni et l’UE verra bel et bien le jour. C’est que le parlement britannique aura son mot à dire à ce sujet, probablement le 11 décembre, et que la situation du gouvernement est précaire. Les conservateurs de Theresa May, en situation minoritaire si leurs alliés nord-irlandais les lâchent, sont grandement divisés sur la question européenne. Près d’une centaine de députés conservateurs risquent de voter contre l’entente.
Si Theresa May ne parvient pas à aller chercher des votes parmi l’opposition travailliste (elle aussi divisée), l’entente ne passera pas le processus législatif. Du coup, le gouvernement risquerait de tomber, des élections pourraient être déclenchées et un Hard Brexit serait davantage probable.

Un nouveau référendum pourrait aussi avoir lieu, mais sur quelle question? L’entente ou tout simplement le Brexit ? Dans ce dernier cas, on remarque que les sondages affichent une moyenne de 54 % pour l’option de demeurer au sein de l’UE.

L’incertitude qui entoure toute la question du Brexit fait déjà mal à l’économie britannique. L’entente entre le Royaume-Uni et l’UE, si elle va réellement de l’avant, devrait réduire les inquiétudes, mais elle ne les dissipera pas complètement. Les économies britannique et européenne profiteraient du fait que les futurs liens commerciaux soient précisés le plus tôt possible.

Rédigé par Francis Généreux, économiste principal chez Desjardins, le 28/11/2018 | Lu 124 fois

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