Conjoncture


Réélection d'Angela Merkel en Allemagne : les implications


Angela Merkel
Angela Merkel
Après une campagne électorale relativement facile, le pari est réussi en Allemagne avec la réélection de la chancelière Angela Merkel. Les résultats sont toutefois un peu amers. Le parti d’Angela Merkel (CDU/CSU) a récolté environ 33 % des voix, ce qui est bien moins que ses résultats des suffrages précédents. Son principal partenaire de coalition (SPD) a aussi perdu des voix et a signalé qu’il ne fera pas partie du nouveau gouvernement. De son côté, l’extrême droite anti-immigration et anti-Europe (AfD) fera son entrée au parlement allemand. Angela Merkel et son parti devront probablement former un gouvernement avec l’aide du parti FDP (libéral) et du parti Vert. À cause des couleurs noir, jaune et vert associées à ces formations politiques, cette possible coalition est surnommée « Jamaïque », à l’image du drapeau de ce pays.

La situation économique demeure enviable en Allemagne. Depuis 2004, le gouvernement d’Angela Merkel a su générer un surplus budgétaire. À seulement 3,7 % en août, le taux de chômage est le plus bas en zone euro. La croissance annualisée du PIB réel a atteint 2,7 % au premier semestre de 2017, la meilleure performance depuis 2013 et un résultat passablement plus rapide que la croissance du potentiel estimée à 1,7 % par la Commission européenne.

À cela il faut cependant ajouter certaines faiblesses structurelles. Le vieillissement démographique pèse lourd sur le potentiel allemand. Il est en partie compensé par une accélération de l’immigration (la politique d’Angela Merkel dans ce dossier a été 
critiquée). Il y a aussi des clivages économiques marqués entre les régions, et le manque d’opportunités économiques demeure important en ancienne Allemagne de l’Est. Les disparités de revenus sont aussi présentes en Allemagne, quoique de façon moins aiguë qu’au sein de la plupart des autres économies avancées. Malgré la bonne tenue générale de l’économie, ces facteurs ont contribué à la baisse de popularité des deux principaux partis et à la montée du parti d’extrême droite.

La réélection d’Angela Merkel est, à première vue, une bonne nouvelle pour ceux qui croient en une meilleure intégration économique en Europe. À certains égards, les idées de la chancelière se rapprochent de celles du nouveau président français. Toutefois, un des partenaires probables de la nouvelle coalition gouvernementale allemande, le FDP, est moins enclin à souder davantage les liens européens. Pendant la campagne, il critiquait l’appui financier aux pays en difficulté comme la Grèce. Les Verts et la formation d’Angela Merkel sont plus unis à ce sujet. Les deux partis se montraient assez favorables à une meilleure intégration fiscale et budgétaire ainsi qu’à la création d’un poste de ministre paneuropéen des Finances. À d’autres degrés, les membres de la possible nouvelle coalition pourraient mieux s’entendre sur la question de nouveaux investissements en infrastructures et sur de possibles baisses d’impôts. Ces éléments pourraient favoriser une croissance économique déjà bonne en Allemagne.

Rédigé par Francis Généreux, Économiste principal chez Desjardins, le 25/09/2017 | Lu 258 fois

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