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Ralentir le trading haute fréquence ?

Serait-il possible d'imposer une limite de vitesse sur le trading haute fréquence ? Telle est la question qui plane actuellement dans l'air, après que Mary Schapiro, présidente de la Securities and Exchange Commission, ait prévenu cette semaine à New York que la SEC planifie de nouveaux contrôles après le « flash crash » du 6 mai.


Écran d'un algorithme de trading haute fréquence
Écran d'un algorithme de trading haute fréquence
Mais comme le débat s'intensifie au sujet des transactions hyper rapides sur les actions, les investisseurs et les décideurs feraient bien de se rappeler un autre point. Comme un document fascinant d'Andy Haldane, un fonctionnaire à la Banque d'Angleterre le souligne*, ce qui rend le Flash crash intéressant, c'est que ce n'était pas un incident isolé : au contraire, il incarne, sous une forme extrême, un plus grand problème de la vitesse dans la finance moderne.

Et tandis que cette question de « vitesse » n'a pas retenu beaucoup l'attention ces dernières années - en partie parce que la plupart des observateurs ont supposé que la vitesse était bonne - il semble que le débat est attendu depuis longtemps. Non seulement le système financier semblent s’être accéléré de façon spectaculaire au cours des dernières années, mais cette tendance a provoqué la déstabilisation d’une façon qui va bien au-delà du « flash crash ».

La question clé en jeu, fait valoir M. Haldane, ne réside pas tant dans les modèles informatiques, mais dans les questions de comportement humain. Plus précisément, il souligne, la recherche neurologique suggère que le cerveau humain a deux instincts contradictoires: une partie de celui-ci est câblé pour poursuivre une satisfaction immédiate, mais une autre partie de notre cerveau a également la capacité d'être « patient », et retarder la satisfaction immédiate pour des gains futurs.

Maintenant, on aurait pu s'attendre que, au cours de l'évolution, l'homme se soit déplacé de l'impatience à la patience. Toutefois, M. Haldane suggère que ce n'est pas nécessairement le cas en ce qui concerne le financement.

Sur le papier, la plupart des innovations financières au cours des deux derniers siècles auraient pu - théoriquement - encourager une plus grande patience. La création de marchés liquides et profonds, par exemple, a permis aux réserves de capital d’être déployées pour promouvoir l'investissement à long terme. De même, la transparence des entreprises a augmenté et les technologies de l'information se sont améliorées cela a offert aux investisseurs la capacité de prendre des décisions bien informées, à long terme - si ils le désirent.

Mais en pratique dans l'innovation il y a aussi un côté plus sombre, le côté trop impatient: comme les marchés sont devenus plus profonds et plus liquides, cela a permis au trading de devenir plus frénétique, de même, comme l'information est devenue plus souvent disponible, cela a encouragé l’incertain comportement de troupeau.

Les investisseurs exigent de plus en plus des rendements rapidement. Le brassage des actions a augmenté: alors que la période moyenne de détention des actions américaines était d'environ sept ans dans les années 1970, elle est maintenant plus proche de sept mois.

Cela semble avoir favorisé une plus grande volatilité du marché : bien que les prix des actions était deux fois plus volatiles que les fondamentaux dans les années 1960, ils sont devenus entre six et 10 fois plus volatiles depuis 1990, avec de nombreuses corrélations erronées. Et cela à son tour, a créé une ironie amère, affirme M. Haldane: à savoir que tandis que la plupart des sociétés occidentales ont longtemps supposé que la vitesse était synonyme de progrès et d'efficacité, en réalité ces niveaux croissants de la vitesse, l'impatience - et le « court-termisme » - pourrait avoir en fin de compte rendu le système moins efficace et rationnel que par le passé.

Or, cette conclusion ne sera pas une surprise pour tous les investisseurs qui ont vécu le « flash crash » du 6 mai. Ça n'étonnera non plus qui que ce soit qui a déjà lu un magazine de mode de vie occidental; qui typiquement nous protègent contre la façon dont la vie « accélére » dans toutes sortes de domaines. Mais la question pour une institution comme la Banque d'Angleterre, ou de tout autre organisme de réglementation, est de savoir si quelque chose peut être fait au sujet de cette question de vitesse, autres que de simplement donner un coup de masse dans les ordinateurs ?

Quelques vagues idées flottent actuellement. Lord Turner, le président de l'autorité bancaire britannique, est l'un de ceux qui a lancé l'idée d'introduire une « taxe Tobin », ou une taxe sur le trading, pour réduire le taux de brassage frénétique. M. Haldane, pour sa part, suggère que les décideurs pourraient introduire des incitations pour promouvoir les investissements à long terme, tels que donner plus de pouvoir de vote aux actionnaires qui conservent des participations pendant une longue période.

Mme Schapiro, pour sa part, a soulevé une autre, proposition plus limitée cette semaine: dans un discours à New York, elle a indiqué que la SEC envisage d'instaurer un temps « minimum en vigueur » pour les ordres, stopper la frénésie des traders haute fréquence dans l’annulation des ordres d'achats.

Cependant, bien que Lord Turner et les idées de M. Haldane semblent tout à fait raisonnables, elles ont peu de chance d’aboutir dans un avenir proche. En attendant, la proposition de Schapiro effleure à peine la surface du problème. À mon avis, la vraie question qui doit être discutée - mais que les régulateurs esquivent encore - C'est pourquoi le trading haute fréquence est-il nécessaire ? Quel est le bénéfice actuel de pouvoir exécuter un ordre « en un millième de seconde », comme dit Mme Schapiro ? Je serais intéressé de voir quelques réponses convaincantes.

* Patience et Finances ; Haldane Andrew, Banque d'Angleterre. 9 Septembre

Source : Article de Gillian Tett - The Financial Times
Traduction par : Melvine

Rédigé par Pascal Delmas / BourseTrading.info le Vendredi 10 Septembre 2010








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