Bourse

La finance autoréférentielle à l’assaut de l’efficience des marchés

Après la bulle des nouvelles technologies, la bulle immobilière, les marchés sont-ils condamnés à de perpétuelles poussées « d’exubérance irrationnelle ». Qu’en est-il de l’efficience des marchés ? Les Bourses de valeurs sont-elles réellement en mesure de produire une évaluation correcte des actifs financiers ?


La finance autoréférentielle à l’assaut de l’efficience des marchés
En la matière, deux paradigmes s’opposent. La finance néoclassique qui se fonde sur l'hypothèse d'efficience des marchés et la finance comportementale qui la conteste trouvant ces dernières années un écho favorable auprès d’une audience grandissante.
Pour la finance néoclassique, l'efficience est informationnelle et l'équilibre du marché est incompatible avec des opportunités d'arbitrage durables. Dans le paradigme néoclassique, les opérations d'arbitrage et l'ajustement des prix à la valeur fondamentale des titres s'opèrent toujours à long terme. Le prix d'un titre est donc toujours un bon estimateur de sa valeur fondamentale intrinsèque. La finance néoclassique admet toutefois une rationalité limitée. Elle peut aller jusqu'à expliquer des phénomènes de bulle, mais ces derniers représentent l'exception et non la règle.
La finance comportementale s’attache au fonctionnement réel des marchés. L’idée défendue est que les arbitrages ne se réfèrent pas à une valeur « fondamentale » au sens néo-classique mais à une représentation collective sur l'état du marché qui émerge au sein de la communauté financière. L'agrégation des choix des investisseurs peut créer une dynamique des prix  qui s'écarte durablement de la valeur fondamentale. Les traders ne sont donc pas « fous ». Bien au contraire, ils sont même parfaitement rationnels. Mais cela ne suffit pas pour atteindre l'efficience des marchés financiers.
L'économiste André Orléan analyse la formation de bulles au travers de l' « hypothèse autoréférentielle ». Sur un marché financier, chacun se déterminerait, non pas à partir de son estimation personnelle de la valeur fondamentale, mais à partir de ce qu’il pense que les autres vont faire. Il est donc possible d’observer une bulle alors même que tous les agents connaissent parfaitement la valeur fondamentale. Cette logique est cependant à horizon fini. Au final, les prix des titres retombent fatalement à leur niveau fondamental.
Les traders sont des chasseurs de tendance (cf. article Approches et limites du Swing Trader ) qui accentuent les tendances baissières et haussières. Ce qui compte pour eux lorsqu’ils interviennent sur le marché n’est pas ce qu’ils pensent être la « vraie valeur » du titre, autant qu’ils puissent en juger, mais ce qu’ils anticipent que le marché va faire. Sur un marché financier, on fait du profit quand on réussit à prévoir l’évolution de l’opinion du groupe. Telle est la règle du jeu. Il n’est pas demandé aux agents de découvrir la vraie valeur.
« Il n'y a pas d'irrationalité collective. L'investisseur rationnel doit simplement tenir compte de l'opinion collective des opérateurs. »
Il n'y a pas d'irrationalité collective. L'investisseur rationnel doit simplement tenir compte de l'opinion collective des opérateurs. Nous retrouvons l'hypothèse du concours de beauté de Keynes. Les interactions marchandes poussent les investisseurs à prévoir « l'opinion des marchés ». L'intérêt de l'hypothèse autoréférentielle est qu'elle dépasse le stéréotype d'irrationalité de la foule spéculative, en se focalisant sur « la synchronisation des opinions comme conséquence rationnelle des règles financières ». Elle conserve l'hypothèse néoclassique de rationalité des intervenants mais aussi l'hypothèse de limite des arbitrages.
Nous pouvons réellement parler d’autonomie de la finance tant elle repose sur des mécanismes internes de fixation des prix des titres. Ces mécanismes, endogènes à la liquidité, ont pour effet d’augmenter la valeur nominale des titres en vertu de la seule volonté du marché, en dehors de tout lien avec l’économie réelle. Il est donc dans la nature de la logique financière de produire de tels écarts. Ceci permet de comprendre pourquoi l’on observe et l’on observera la formation de bulles tout au long de l’histoire financière.

Julien Lemaitre
Recherche & Développement chez Cobalt Alternative Investment

Rédigé par Julien Lemaitre / BourseTrading.info le Jeudi 31 Janvier 2013








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