Conjoncture


La faible inflation mondiale s’achève-t-elle ?

Les dernières décennies ont été caractérisées par une faible progression des prix à la consommation, et ce, dans plusieurs endroits sur la planète. Récemment, l’inflation demeure plutôt faible dans les principaux pays, même si la conjoncture économique mondiale semble s’accélérer. Est-ce que l’inflation montrera bientôt plus de mordant ?


Une longue période de désinflation mondiale

Graphique 1 - L’inflation mondiale a considérablement ralenti depuis le milieu des années 1990
Graphique 1 - L’inflation mondiale a considérablement ralenti depuis le milieu des années 1990
Depuis le milieu des années 1990, la croissance des prix à la consommation s’est nettement atténuée à l’échelle mondiale. Les données du Fonds monétaire international (FMI) font état d’une inflation d’environ 15 % (sans compter les pointes causées par des mouvements brusques de devises) jusqu’en 1995 pour tomber aux alentours de 5 % au cours des années 2000. Les mouvements des prix du pétrole ont causé une accélération à la fin des années 2000, mais cela a été rapidement coupé court par la crise économique et financière. Depuis, l’inflation mondiale se situe davantage dans une fourchette de 3 % à 4 % (graphique 1).
Plusieurs phénomènes expliquent cette désinflation  à l'échelle mondiale. Premièrement, il y a la mondialisation qui a réduit considérablement les prix de plusieurs biens et services. L’avènement de la Chine comme un joueur primordial dans le commerce mondial a été l’un des principaux catalyseurs de ce phénomène. Deuxièmement, la mise en place de politiques monétaires plus efficaces, appuyées par des cibles d’inflation crédibles, a permis de stabiliser l’évolution des prix et d’en limiter les fluctuations.

Deux portraits différents : économies avancées et économies émergentes

Graphique 2 - L’évolution des prix est bien plus rapide au sein des économies émergentes
Graphique 2 - L’évolution des prix est bien plus rapide au sein des économies émergentes
Évidemment, ce portrait global n’illustre pas parfaitement la situation pour chacune des économies de la planète. En fait, on retrouve encore de grandes divergences entre les taux d’inflation des économies avancées par rapport aux économies émergentes (graphique 2). Cela reflète à la fois la plus grande vigueur de la croissance économique chez ces dernières ainsi que la différence entre les phases de développement où chaque pays se situe. L’efficacité et la volonté des banques centrales à obtenir un taux d’inflation bas, stable et prévisible jouent aussi un rôle, tout comme le degré d’ouverture envers les échanges internationaux. D’autres facteurs comme la concurrence interne, la solidité du secteur privé et la réglementation peuvent aussi expliquer la différence entre les taux d’inflation entre pays et entre les économies émergentes et avancées.

Que peut-on s’attendre pour l’inflation mondiale ?

À long terme et au-delà des aléas conjoncturels, l’évolution des économies émergentes vers une structure plus mature devrait faire en sorte que les pressions inflationnistes vont tranquillement converger vers celles observées dans les économies avancées.
Toutefois, on remarque aussi que le vent de mondialisation souffle moins fort depuis quelques années et l’élément désinflationniste qu’il apportait pourrait aussi s’estomper. Les avancées technologiques pourraient cependant encore nous surprendre en contribuant à une croissance plus faible des prix en améliorant la concurrence et la productivité. La situation de l’inflation mondiale reflétera aussi d’autres facteurs plus politiques ou conjoncturels. De mauvaises décisions de politique monétaire, des hausses abruptes et prononcées de taxes, la mise en place de politiques protectionnistes, une offre inadéquate de matières premières, une demande globale soutenue pendant trop longtemps, un endettement exagéré ainsi que des pressions salariales plus fortes offrent tous la possibilité d’une inflation plus prononcée à court et moyen terme. L’inflation mondiale dépendra aussi de celle de chacun des pays, notamment s’ils occupent une place importante de l’économie planétaire.

Conclusion : encore trop tôt pour crier victoire

Avec une croissance plus vive de l’économie mondiale, une stabilisation des prix du pétrole (quoiqu’à des niveaux relativement bas) et un essoufflement de la tendance de mondialisation, on peut s’attendre à ce que l’inflation continue de s’approcher des cibles des banques centrales et des gouvernements. Dans ce contexte, les principales banques centrales devront se montrer prudentes.
Oui, l’économie pourrait dicter une politique monétaire moins expansionniste. Toutefois, la faiblesse de l’inflation suggère que les hausses de taux devront se faire très graduellement.
Dans la plupart des cas, les output gap se referment à peine et les possibilités de véritables surchauffes inflationnistes sont encore bien loin. Des hausses de taux sont à prévoir d’ici la fin du cycle de croissance, mais, au sommet de ce cycle, on devrait encore voir des taux directeurs bien plus bas que leur moyenne historique.

Rédigé par Francis Généreux, Économiste principal chez Desjardins le 13/09/2017 | Lu 780 fois

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