Bourse

Benjamin Melman : « Nous prenons tactiquement des profits sur les actions européennes »


Benjamin Melman, Directeur allocation d’actifs et dettes souveraines Edmond de Rothschild Asset Management (France)
Benjamin Melman, Directeur allocation d’actifs et dettes souveraines Edmond de Rothschild Asset Management (France)
Il persiste indéniablement une méfiance sur les perspectives économiques qu’illustrent notamment le très léger repli du marché des actions américaines en janvier, ou encore la révision à la baisse des perspectives de croissance du FMI et de la Banque Mondiale. On peut d’ailleurs s’étonner de voir ces deux grandes institutions internationales (qui ont claironné tous les bienfaits à attendre de la baisse des prix du pétrole sur la croissance des pays industrialisés) amorcer aujourd’hui cet ajustement, alors même que la croissance américaine s’est avérée plus soutenue que prévu depuis leur dernier jeu de prévisions.

Nous continuons ainsi à penser que, d’une façon générale, les investisseurs sont devenus trop pessimistes sur les perspectives économiques et que les marchés seront tôt ou tard surpris positivement par un environnement un peu plus favorable. Cette amélioration sur le front économique nous paraît déterminante à l’heure où nous n’escomptons plus de poursuite de l’expansion des multiples.

Le 22 janvier dernier, la Banque Centrale Européenne a annoncé un Quantitative Easing sensiblement supérieur aux attentes des investisseurs au point que, selon nos estimations, cette opération permettra au bilan de la BCE (rapporté à la taille de son économie) de dépasser celui de la Fed et de la Banque d’Angleterre fin 2016. L’institution européenne devrait ainsi rattraper l’important retard qu’elle avait pris par rapport à ses consoeurs anglo-saxonnes. Suite à cette annonce, les marchés domestiques d’actions et de dettes européennes ont fortement progressé et la devise a décroché, à l’instar des effets des opérations conduites en leurs temps aux États-Unis et en Angleterre.
Le débat concernant l’impact de cette politique sur l’économie reste toutefois ouvert car il est difficilement quantifiable mais devrait se faire sentir à différents niveaux :
  • dans le fléchissement des taux souverains et sur le marché du crédit, qui inciteront les banques à continuer d’abaisser progressivement les taux de prêts à l’économie (avec un déploiement toutefois plus lent qu’aux Etats-Unis car l’économie européenne est moins dépendante des marchés : i.e. se finançant relativement moins sur les marchés que leurs homologues US, les entreprises européennes bénéficieront moins rapidement du rally obligataire) ;
  • dans l’effet « richesse » engendré par la hausse de la bourse et qui peut à la marge favoriser la consommation, voire l’investissement ;
  • dans la baisse de l’euro vers laquelle tous les espoirs se tournent. L’industrie étant particulièrement sensible au taux de change, le risque serait toutefois que l’impact sur l’activité soit moins important que par le passé au regard de la désindustrialisation européenne de ces dernières années. Il faut cependant garder à l’esprit que les entreprises européennes se sont également internationalisées dans l’entrefait. Elles seront donc favorisées par la dépréciation de l’euro lors du rapatriement des profits dont le gonflement est la condition essentielle au redémarrage de l’investissement.
 
Si les impacts du Quantitative Easing à l’européenne seront limités à brève échéance sur l’économie et leurs effets longs à se diffuser, ils seront très certainement appréciables à terme. Il est également probable que le Quantitative Easing se manifeste dans un très bon timing : après un net tassement l’an dernier, l’économie européenne donne des signes de stabilisation, voire des perspectives de reprise si l’on en croit la dernière enquête conduite par la BCE auprès des banques. Ces dernières enregistrent en effet un redémarrage dans la demande de crédit des entreprises (pour investir) et des ménages (pour consommer).
Si la confiance des agents économiques commençait déjà à se redresser avant l’annonce du Quantitative Easing, l’action de la BCE ne peut que renforcer cette ébauche de retour à une confiance qui jusqu’ici demeurait fragile et déprimée.

Prises de profits sur les marchés d'actions

Après le rebond des marchés d’actions européens, il nous a paru opportun de prendre des profits et de réduire notre score sur les actions européennes pour 2 raisons :
  • Primo, après l’action de la BCE, les négociations avec le nouveau gouvernement grec commencent : il ne fait aucun mystère que, du fait de la nature de la nouvelle coalition au pouvoir à Athènes, les discussions avec la Troïka risquent d’être longues et difficiles et source de volatilité sur les marchés.
  • Secundo, il est rare de voir un marché des actions européennes remonter sans le marché américain.Or, le marché américain est actuellement fragilisé par la publication de résultats en cours qui est sans éclat, la hausse du dollar, la volatilité du secteur énergétique et des statistiques d’activité plus équivoques qu’il y a quelques mois.
  • Le regain d’incertitudes sur la direction de l’économie et sur le comportement à venir de la Réserve Fédérale nourrit l’attentisme du marché leader des actions.
 
Dans ce contexte, en prenant des profits tactiquement sur les actions européennes, nous constituons des marges de manoeuvre (pour pouvoir racheter en cas de retour de la volatilité) car nous conservons une vue stratégique positive sur les marchés d’actions cette année.

Rédigé par Pascal Delmas / BourseTrading.info le Jeudi 5 Février 2015








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